Dans l’univers de Loïc Gaume, auteur-illustrateur et graphiste.

Publié chez Versant Sud Jeunesse, l’album Clac, la trappe ! est un bel exemple du style de Loïc Gaume : un dessin au trait, jeté et vivant, quelques aplats de couleurs dans une gamme de tons bien choisis, des jeux de formes, de sons, de sens. Loïc Gaume est un auteur-illustrateur, graphiste et libraire franco-bruxellois. Il a reçu en 2017 la mention spéciale aux Bologna Raggazzi Awards pour ses Contes au carré, un recueil de quarante contes racontés en quatre cases seulement.

 

Loïc, quel parcours t’a mené à l’illustration ?

Je n’ai pas ” appris ” l’illustration, je suis autodidacte. Je dessine depuis pas mal d’années, que ce soit pour mes récits en bande dessinée (la série Wafel) ou pour des livres pour enfants. Et déjà avant cela, quand j’étais enfant, je racontais des histoires à travers le dessin: les séquences se superposaient les unes aux autres. Aujourd’hui, plus qu’illustrateur, je me sens auteur-illustrateur, dans le sens où dessin et texte sont indissociables et complémentaires. Si je n’ai pas appris l’illustration, elle fait partie de mon parcours (je suis passé par les arts appliqués et la communication graphique). À La Cambre (ENSAV à Bruxelles), Pascal Lemaître (illustrateur et professeur de narration visuelle, ndlr) a joué un rôle important dans mon travail, et après mes études également. Il m’a poussé à toujours avoir en tête que les illustrations doivent avant tout parler aux enfants.

Peux-tu nous raconter ce qui t’a mené à cette histoire de trappe mystérieuse ?

Il y avait cette demande précise de réaliser une histoire qui faisait frissonner pour la collection Les Pétoches. C’est une situation que j’ai vécue avec mon fils, qui avait alors quatre ans, qui a déclenché l’histoire de Clac la trappe ! À la maison, un réparateur a dû un jour monter au grenier par une trappe et y a disparu avec une brève impulsion. Avec ses yeux d’enfant, mon fils l’a cru aspiré, ce qui l’a beaucoup impressionné. C’est donc une histoire pour enfants inspirée par un enfant. Ajoutons à cela ce que le grenier a de mystérieux, et tous les ingrédients étaient là ! Le refrain, avec ses sonorités qui claquent, m’est venu avant les images. Puis, cette maison à plusieurs étages et ses escaliers qui n’en finissent pas, comme la pièce montée du début.

Ton rapport à l’image est varié puisque tu as une formation de graphiste, que tu fais aussi de la bande dessinée et que tu as même auto-édité des livres. Que t’apporte cette multidisciplinarité dans la réalisation d’un album pour enfant ?

Ce sont trois activités différentes mais elles sont très liées. Il y a une part de graphiste dans mes illustrations. J’aime quand les dessins font « signes ». Ça se ressent dans Clac la trappe ! : il y a un lien formel entre la pièce montée et l’escalier, mais aussi entre l’éléphant et le piano… Dans Contes au carré, le principe de réduction à l’essentiel de contes m’a logiquement amené aux pictogrammes. Quant à ce que je fais en bande dessinée, c’est, ou plutôt c’était un travail quotidien, faute de temps ! J’avais une pratique quotidienne de carnets, maintenant je n’arrive plus à dessiner tous les jours mes histoires, mes observations, comme avant, mais je prends des notes pour les dessiner plus tard.

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Étrangement, ce sont souvent des lieux. Que ce soit un appartement, un endroit ou une architecture que j’ai envie de dessiner pour l’appréhender autrement, ou même un site particulier. Les marais de Bourges m’ont inspiré une déambulation en barque quasi onirique, un projet pas encore publié. C’est souvent le point de départ de quelque chose. Mais cela peut aussi être une conversation entendue, une personne observée. Pour mes livres pour enfants, c’est un principe, une règle du jeu que je m’impose qui va m’inspirer, mais sans perdre de vue que ce jeu doit aussi être celui de l’enfant !

Peux-tu nous parler de ta technique ?

Par quelles étapes passes-tu lors de la réalisation d’un livre ? Je dessine à la plume et à l’encre, souvent en plus petit que la taille imprimée. J’entretiens volontairement le trait irrégulier et imparfait pour la sensibilité qu’il apporte. Et que l’agrandissement accentue. La première étape est celle du carnet, des prises de notes et des croquis avant de passer à l’encre, en direct. Même à l’étape des originaux à l’encre je recherche beaucoup la forme juste, pour être précis.

Quels sont tes prochains projets ?

Je termine cette semaine l’album Catastrophes ! pour les éditions Thierry Magnier, qui sortira en septembre, et une double page pour le numéro anniversaire du fanzine Cuistax. Deux nouveaux beaux projets suivent : les illustrations pour le festival SuperMouche et pour un futur festival de la littérature jeunesse. Je participerai aussi à une prochaine exposition à la Maison de l’image. Et, dès que j’en aurai le temps, je compte reprendre sérieusement Wafel. Pour Versant Sud Jeunesse, j’aimerais explorer encore le rythme narratif de Clac, la trappe !, ses personnages et ses jeux de mots que je compte développer davantage.