Dans l’univers de Noémie Favart

Des couleurs vives, un dessin expressif et une belle dose d’humour : voici les ingrédients des albums de Noémie Favart. Cette jeune illustratrice bruxelloise, avec qui nous travaillons depuis son premier album (L’épouvantable histoire de Valentine et ses 118 poux, 2016), a sorti depuis deux autres livres.

Dans Tibor et le monstre du désordre, elle aborde le thème des chambres d’enfants en bazar, un sujet qui devrait toucher de nombreuses familles. Quant à Saint Nicolas versus Père Noël – écrit par Jane Oshka -, il met en scène une hilarante joute verbale entre deux blancs barbus (mystère garanti 100% préservé !). Rencontre avec une artiste créative et enthousiasmante.

 

Noémie, quel parcours t’as menée à l’illustration de livres pour enfants ? 

Tout a commencé quand j’étais petite, lorsque j’écoutais avec passion les livres qu’on me lisait le soir. Dans mon école primaire – à Clair-Vivre à Bruxelles, une école à pédagogie Frenet – nous devions chaque semaine écrire un texte, l’illustrer et le lire devant la classe. C’est là que sont nées mes premières histoires sur les poux. J’en avais beaucoup à l’époque, et c’était une honte qu’il fallait constamment cacher aux autres élèves. En parler ouvertement, leur inventer des mondes et les rendre drôles m’a permis de dédramatiser ce problème. Voilà l’origine de L’épouvantable histoire de Valentine et ses 118 poux.

Ensuite, lors de mes années à l’école secondaire, je continuais à dessiner… mais surtout pendant les cours. J’ai toujours été entourée d’amis très créatifs : nous faisions ensemble des bandes dessinées en cachette des professeurs, ou pendant la récréation. Plus tard, j’ai suivi des études en illustration à Saint-Luc à Bruxelles avant de faire un bachelier en communication graphique à La Cambre, pour compléter ma formation.

Quelle est la genèse de Tibor et le monstre du désordre ?

Elle est basée sur une histoire vraie. Quand j’étais petite, mon père est entré un jour dans ma chambre en s’exclamant : « Noémie, c’est vraiment un capharnaüm ici ! ». J’ai demandé l’explication de ce mot compliqué que je ne connaissais pas et l’ai écrit sur un tableau effaçable collé sur la porte de ma chambre. Cela avait désormais un nom ! Le désordre faisait partie de mon quotidien dans mon enfance, et il en fait toujours partie aujourd’hui. Il m’a semblé que c’était un bon thème à aborder. Et puis, c’est toujours plus facile de parler de ce qu’on connaît !

Tu as illustré Saint Nicolas versus Père Noël, écrit par Jane Oshka. Qu’est-ce qui t’a plu dans ce projet ? 

J’ai accroché au texte dès la première lecture. Je me sentais proche de cet univers drôle et provocateur : deux personnages qui sont censés représenter une certaine autorité, avoir de la retenue, se montrer humbles avec leurs airs paternalistes, et qui tout à coup ne gèrent plus du tout la situation et commencent à se chamailler pour des bêtises, comme des enfants. Il y avait de quoi s’amuser !

Illustrer le texte de quelqu’un d’autre c’est découvrir un univers, se poser de nouvelles questions, mais c’est aussi être en dialogue direct, pouvoir rebondir, proposer ses idées, les confronter avec les idées de l’auteur. Dans ce cas-ci, c’était très gai et enrichissant !

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Depuis des années, j’ai constamment le nez dans les albums jeunesse. Je prends plaisir aux lectures, aux dessins, ça m’inspire, même quand c’est très éloigné de mon style graphique. J’aime aussi les couleurs très vives, celles qui font un peu mal aux yeux quand on les regarde. La plupart du temps, c’est ce type de couleur qui m’attire quand j’aborde un livre. Les techniques de gravure ou de reproduction d’images comme la sérigraphie sont aussi une source d’inspiration au quotidien. Dans les couleurs de Tibor, je joue beaucoup avec les mélanges de tons directs, mais aussi avec les motifs qui abondent. Ces motifs se rapprochent de la démarche de la gravure, notamment dans le lino, une de mes techniques préférées.

Par quelles étapes passes-tu lors de la réalisation d’un livre ?

Je commence avec le travail du story-board, qui est pour moi le plus ardu, car le plus important pour réussir le livre. Il doit donc être pensé, fignolé, retravaillé, jusqu’à ce que j’arrive à un découpage qui tient la route de A à Z. Ensuite je fais les premiers essais de mise en page, de placement des éléments dans la page sur l’ordinateur, en dessinant avec la tablette graphique. En travaillant sur différents calques, ça me permet de pouvoir réajuster les éléments, les agrandir, effacer, déplacer très facilement. Quand la mise en place me parait bonne, sur un autre calque je dessine grossièrement les éléments, pour figer un peu le dessin. J’imprime alors la planche à bonne échelle et je dessine sur la mise en place avec une table lumineuse.

Pour Tibor et le monstre du désordre comme pour Saint Nicolas versus Père Noël, j’ai travaillé d’abord le noir et blanc et la couleur à part avec la table lumineuse.

Quels sont tes prochains projets ?

Je n’ai pas de projet de livre dans l’immédiat, même si ce ne sont pas les idées qui manquent ! Je viens d’en sortir deux quasiment en même temps donc je vais laisser décanter tout ça. J’ai d’autres projets d’illustration auxquels j’aimerais me consacrer, et j’ai surtout en vue des projets d’animations scolaires et de stages. C’est toujours gai d’être en interaction directe avec les enfants ! Cela me permet de nourrir mon travail.